Au réveil, j'observais ma chatte jouer avec un insecte, avant de le manger (elle qui fait la grève de la faim si elle n'a pas ses croquettes habituelles). Suite à quoi, elle s'est assise, pleine de satisfaction, comme un commerçant étonné d'avoir réalisé le chiffre d'affaire de la journée de si bon matin.
Il faut bien comprendre que les brutes et les crétins ne seront jamais punis par qui que ce soit d''être des bruts et des crétins. A partir de là, si ça peut nous rassurer, nous pouvons faire différentes suppositions quant à la pauvreté de la vie qui doit être la leur. N'en reste pas moins qu'il poursuivent le sourire aux lèvres leur existence de brutes et de crétins.
On dit de quelqu'un d'apathique ou de mou que c'est un légume. Mais quand je vois l'effort qu'une courge pour devenir aussi balèze, la pomme aussi croquante, la tomate aussi juteuse, la carotte aussi orange, l'artichaut aussi complexe, l'orange aussi pulpeuse, je trouve vraiment l'expression inappropriée.
Tlahuizcalpantecuhtli, divinité du panthéon aztèque, est le dieu de la couleur rosée de l'aurore. C'est le Seigneur de la maison de l'étoile de l'aube. Merveille! Comme c'est beau d'avoir choisi une divinité chargée chaque matin d'injecter de la peinture de pétale de nuit pour la faire infuser dans le manteau de la nuit.
Ce couple de personnes âgées qui me disent que les dictons ne valent plus rien pour prédire le temps. Ces adages ne sont plus que de vieilles coquilles vides dans lesquelles ne viennent plus se refléter une sagesse transmise de génération en génération. Cette belle sagesse paysanne noueuse qui témoignait d'une familiarité avec la nature, qui renforçait l'intimité que nous pouvions avoir avec elle, est en train de disparaître - et nous avec elle? On levait les yeux au ciel, on regardait les oiseaux et les fleurs, et on pouvait dire à Dame Nature avec affection:
- Je te vois venir, je te connais, je sais ce que tu nous prépares.
Tandis que maintenant... Et ce qui est inquiétant, c'est qu'ils ont vécu cet exil des mots chers dans le temps d'une vie. Tout se trouve chamboulé à une vitesse spectaculaire. On perd nos repères, on ne sait plus interpréter ces changements et personne ne sait nous les expliquer. Il faudra bientôt réinventer les dictons chaque année... On en viendra à dire: «Une centrale nucléaire qui explose en mars, il va faire beau en avril».
- Je te vois venir, je te connais, je sais ce que tu nous prépares.
Tandis que maintenant... Et ce qui est inquiétant, c'est qu'ils ont vécu cet exil des mots chers dans le temps d'une vie. Tout se trouve chamboulé à une vitesse spectaculaire. On perd nos repères, on ne sait plus interpréter ces changements et personne ne sait nous les expliquer. Il faudra bientôt réinventer les dictons chaque année... On en viendra à dire: «Une centrale nucléaire qui explose en mars, il va faire beau en avril».
«La forme du corps lui est plus essentiel que sa substance», tiré d'un ouvrage de physiologie. Nous vivons à une époque qui ne niera pas. Quand bien même elle tente de rafistoler la forme avec force chirurgie esthétique. Car passé un certaine âge, c'est bel et bien la substance qui informe le corps et laisse transparaître la consistance d'un être.
Les services de police ont des noms brigands qui résument le style d'intervention qui est mené par l'une ou l'autre de leurs brigades, comme l'explique ce commissaire du 36, qui indique que la Brigade mondaine a toujours arrêté ses suspects avec beaucoup d'élégance. Mondaine: ce seul mot désigne un segment de clientèle particulier, qui est souvent bien loin d'avoir la distinction auquel ce titre semble devoir lui donner droit. Et somme toute, on imagine bien qu'un haut dignitaire, aussi respectable soit-il par ailleurs, surpris le caleçon sur les chevilles, perd un peu de son prestige dans cette fâcheuse position.
Le brainstorming, ce grand moment de solitude de l’intelligence, où on brasse de l’air pour faire du vent et donner à son patron le sentiment d’être indispensable, entre un bâillement et une crampe d’estomac. Brainstorming: traduisez par «tempête de cerveau» ou «remue-méninge» - rien de nouveau, on en trouve déjà tous les principes chez tous les rhétoriciens de l’antiquité, mais le mot en jette. Un brainstorming qui s’est bien déroulé se reconnaît au nombre de post-it qui ont été gâchés et qui viendront remplir la poubelle. Plus il y en a, plus on peut se dire qu'on a bien travaillé. Le brainstorming est également très bon pour le team-building, entendez pour s’assurer qu’on pense bien tous la même chose et qu’on ne soit ni menacé ni une menace pour son collègue, bref qu’on soit sur la même longueur d’onde. Et que le voisin n’ait pas une dernière version d’un téléphone portable qui nous aurait échappée. Et dire que Le Petit Robert a accepté ce mot dans ses pages. La sécurité devait être à sa pause de neuf heures quand il s'est pointé et un stagiaire étourdi l'aura laissé entrer.
Soir de lune, voûte étoilée stupéfiante de netteté, je contemple le nez en l'air, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque, la rebaissant pour savoir ce que faisait sieur bouledogue, je vis qu'il était également le museau en l'air en train de regarder le ciel. Je dus même lui rappeler que j'étais là et que nous allions peut-être devoir finir par rentrer.
Les textes que j'ai eu le plus de plaisir à écrire et qui sont, selon moi, les plus aboutis, m'ont été dictés. Par qui? Comment? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais j'ai éprouvé cette poussée de mots qui vient du plus profond de l'être, qui me mobilise et cette énergie qui me jette sur ma feuille ou mon clavier pour tout noter avant qu'il soit trop tard. Ces textes-ci, ceux que je ne sais qui me murmure, sont ô combien différents de ceux où je pousse les mots comme des bœufs qui rechignent à aller au labeur: ils prennent un libre essor et planent sur la page.
Lu sur le web:
Je n'ai jamais lu une ânerie pareille sur un appendice aussi définitivement charmant. Il faut ne jamais avoir cédé au charme envoûtant d'un nez cléopâtrien pour pouvoir affirmer des choses pareilles. Les grands nez, loin d'être laid, est une inépuisable source d'inspiration, signant un profil avec une majesté que je n'imagine pas avec un «nez anormalement petit», comme le dit ce papelard trouvé au hasard d'une recherche.
«Etant donné que nous assimilions les petits nez à la tendre enfance et que de ce fait nous les trouvons séduisants, les grands nez chez les femme nous paraissent laids. Le modèle ou l'actrice dotée d'un nez anormalement petit nous semble non seulement charmante mais belle. C'est pourquoi nombre de femmes se font refaire le nez. Il faut savoir que le nez humain est tout a fait remarquable. Trop grand, il gênerait cependant la vision frontale et serait trop vulnérable. Sous un climat froid et sec on a calculé que seul 1% de l'humidité de l'air pénétrant dans les poumons provient de l'atmosphère extérieure. 99% doivent être fournes par les muqueuses nasales. (http://com.aecoute.info/ta/gestes/nez.htm)
Je n'ai jamais lu une ânerie pareille sur un appendice aussi définitivement charmant. Il faut ne jamais avoir cédé au charme envoûtant d'un nez cléopâtrien pour pouvoir affirmer des choses pareilles. Les grands nez, loin d'être laid, est une inépuisable source d'inspiration, signant un profil avec une majesté que je n'imagine pas avec un «nez anormalement petit», comme le dit ce papelard trouvé au hasard d'une recherche.
Nucléaire - C'est formidable, personne n'en parlait avant Fukushima, et aujourd'hui les médias avertissent toute la planète dès qu'une pale d'un ventilateur bat de l'aile dans une centrale au fin fond la Bavière. Nous sommes dans une société de l'information dans laquelle les problèmes ne peuvent être envisagé que de manière binaire: soit ne jamais en parler; soit tout le temps en parler sur un temps très court, car ensuite l'audience chute, ce qui est bien plus grave qu'un accident nucléaire ou un crash boursier. Etant bien entendu que le souci premier, ce n'est pas de chercher à mobiliser les consciences de manière durable afin d'accompagner un possible changement, mais simplement d'en parler. Peu importe quoi. En parler, et de préférence avec ceux qui en sont. Et ensuite on parlera d'autre chose.
J'ai mis du temps à comprendre tout l'intérêt que je pouvais tirer d'un tableau que je n'aimais pas, qui m'offre de confronter mes goûts au lieu de les conforter, qui me force à réagir en exprimant ce qui me déplaît. Ce qui est aussi une manière de m'ouvrir à quelque chose de différent, que je rejette de prime abord, mais qui pourra me faire découvrir d'autres chemins que ceux que j'emprunte familièrement. Et préciser ce qui vient me déranger dans une œuvre, c'est aussi une manière d'approfondir et de fortifier ma relation aux choses que j'aime, de mieux comprendre et sentir pourquoi j'y tiens tant, pourquoi je m'appuie sur elles plutôt que sur d'autres.
Le tapis ensorcelé
Peut-être ne serais-je pas tombé dans le panneau si j’avais su rester lucide. Mais que vouliez-vous que je fasse lorsqu’elle s’approcha de moi avec une indécence vorace qui ne laissait aucun doute sur ses intentions? J’eus à peine le temps d’essayer de lui opposer une vaine résistance, que déjà nous roulions sur l’épais et somptueux tapis chamarré de son salon. Elle m’embrassait avec frénésie et entreprit de me déshabiller, ou plutôt d’arracher mes vêtements, qu’elle envoyait voler en lambeaux aux quatre coins de la pièce. J’étais nu et à la merci de cette femme fauve qui m’étourdissait. Jusqu’à ce qu’une étrange sensation s’empare de moi. J’avais tout d’abord cru que les boucles du tapis chatouillaient ma peau, et je n’y prêtais pas autrement attention. Elle m’enlaçait comme si elle avait mille doigts, et je commençais à étouffer, lui demandant de relâcher un peu son étreinte. Mais soudain, je compris avec effroi que le tapis était en train de m’absorber! Je tentais de me débattre en vain, sans parvenir à faire quoi que ce soit. Elle se redressa d’un bond, tandis que les mailles m’emmaillotaient, elle rejeta sa tête en arrière et fusa d’un rire qui me glaça le sang en hurlant:
- Pauvre petit mâle ridicule, tu vas m’appartenir à tout jamais!
Je continuais à m’enliser dans cette moquette diabolique, comme dans un marais. Mon corps était fondu dans la laine, j’étais paralysé, et seule ma tête restait à la surface. Elle ajouta:
- Tu vas rejoindre tous les misérables qui ont cru pouvoir me posséder!
Ce furent les dernières paroles que j’entendis avant de m’évanouir en me noyant. Ensuite, je ne me souviens de rien, jusqu’à ce que je me sente secoué et qu’une voix venue d’outre-tombe me demande:
- Ça va?
Je reprenais mes esprits, et je vis devant moi une vingtaine de bonshommes et une femme qui m’entouraient, tous aussi nus les uns que les autres.
- Où suis-je, demandai-je?
Je ne savais pas si j’avais rejoint l’autre monde ou un camp de naturistes.
- Tu es, comme nous, prisonnier de ce tapis, me répondit l’un d’entre eux.
Ils m’expliquèrent que, tout comme moi, ils avaient cédé aux avances de celle qui disait s’appeler Véronique, mais dont le vrai nom était Maîtresse Demonia, et qui, selon ce que j’avais cru n’être une légende, emprisonnait ses amants dans un tapis magique pour en faire des carpettes. Je m’étais retrouvé captif de la région dite des “beaux parleurs”. Une géographie subtile départageait les damnés par catégories d’amants. Ainsi, chaque nouvelle victime, selon la catégorie à laquelle il appartenait, venait rejoindre un groupe qui donnait sa couleur à une zone du tapis. J’étais dans la zone du rose. Les timides faisaient le bleu pâle, tandis que les javierbardemisants le carmin, les phalliques le gris, et ainsi de suite. Combien étions-nous? Des centaines? Nous ne le savions pas. Mais ce dont j’étais sûr, c’est que personne n’avait encore réussi à échapper à la malédiction de Demonia. Nous subissions les pires humiliations. Notre geôlière se plaisait à venir nous piquer de ses hauts talons pointus qu’elle plantait avec fureur dans le tapis. Certains avaient succombé à ces blessures. Ou bien elle nous battait avec une tapette, en nous traitant de vermine. Quand ce n’était pas son chien qui s’y mettait, un dogue qu’elle excitait en cachant des croquettes, pour qu’il gratte afin de les trouver. Parfois, elle secouait le tapis avec fureur, pour en rafraîchir la couleur, paraît-il, et alors nous étions projetés contre les cloisons. Nous entendions des clameurs monter de toutes les régions. Le supplice de l’aspirateur était terrible, car nous étions collés au plafond par les cheveux. J’appris qu’un certain Jocelyn y était passé, terminant ses jours dans le sac. Et les soirs où elle ne recevait pas, elle prenait un malin plaisir à se rouler nue sur nous pour nous exciter - toujours pour raviver les couleurs.
Depuis notre cellule, nous pouvions voir sa nouvelle proie qui arrivait tout sourire, lui débitant son baratin, et ne sachant pas le sort qui lui était réservé. Les réactions au sein de mon groupe oscillaient entre «attends un peu mon gaillard, tu vas t’en mordre les doigts» et «je prends les paris: lui il va rejoindre le groupe des freluquets». Nous étions quelques-uns à hurler pour l’avertir, mais nos cris étaient réprimés par des coups de talons ou par le chien qui venait poser ses fesses sur nous. Nous faisions de grands signes, qui ne servaient à rien, pour l’exhorter à fuir. Nous étions même parvenus un jour à écrire un message avec les énormes mailles: «Tire-toi!». Elle se vengea en nous vaporisant d’un produit détachant qui manqua de peu de nous tuer tous. Le résultat était toujours le même. Le gus ne se méfiait de rien et, lobotomisé par la splendeur de son bourreau, il finissait happé à son tour. Lorsque c’était quelqu’un de connu, nous pouvions entendre au téléjournal, qu’elle ne manquait pas de regarder en savourant son crime, qu’il était recherché, avec interview de l’épouse et tutti quanti. C’est ainsi que j’appris que bon nombre d’entre nous étaient mariés. Qui sait si nous n’étions pas punis de notre infidélité?
Il devenait urgent de trouver un moyen de rompre ce sortilège. La légende racontait que le jour où suffisamment de mâles auraient été capturés pour venir pigmenter toute la surface du tapis, nous serions figés vivants à tout jamais dans la trame grâce à une formule fixatrice magique! Nous fîmes différentes tentatives d’évasion, qui toutes se soldèrent par un échec. Par un judicieux stratagème, nous avions réussi à communiquer entre les différents secteurs, et nous avions convenu de tous nous mettre à sauter en avant en même temps afin d’essayer de rejoindre la sortie. C’était sans compter le chien qui se mit à aboyer, réveillant notre tortionnaire qui coinça un bout du tapis sous le canapé. Bilan: 50 morts. Une autre fois, nous avions tenté de faire une ola de roulés-boulés qui auraient dû nous permettre de rouler le tapis et de pouvoir nous déplacer plus aisément. Mais nous ne parvenions pas à nous synchroniser. Et le tout se termina par un:
- Bon. Et maintenant, on fait quoi?
C’était évident. Une fois dans la rue, que ferions-nous? Dans le meilleur des cas nous finissions moquette chez un locataire moins vicieux, dans le pire broyé dans un camion poubelle. Mais d’une manière ou d’une autre, cela ne nous tirerait pas d’affaire. Il fallait trouver une autre solution pour nous sortir de là, avant qu’elle ne parvienne à ses fins. Et elle y mettait les moyens, puisqu’elle avait commencé à organiser des parties fines, afin d’accélérer le coloriage du tapis.
A force d’observation, nous nous étions aperçus qu’elle utilisait toujours le même tactique. Elle subjuguait brusquement son partenaire pour avoir le dessus et provoquer son désir. C’était toujours celui qui éprouvait le plus de plaisir qui était ingurgité par le tapis maudit. Ce qui expliquait qu’elle se soit soudainement redressée, lorsque nous nous étions retrouvés enlacés, pour ne pas faire naufrage avec moi. La jouissance déclenchait une mystérieuse réaction engloutissante. Notre plan était donc clair: la prochaine qu’elle se roulerait sur le tapis pour nous forcer à produire plus de couleurs, nous tenterions de l’exciter afin de la prendre à son propre piège! Aussitôt les rôles furent distribués entre les cellules. Le groupe des javierbardemisants ferait les mains, leur talent manuel étant incontestable. Les beaux parleurs se chargeraient des baisers. Les timides n’acceptèrent pas de collaborer. Les phalliques feraient ce qu’ils savent faire. Nous avions estimé, sur la base des victimes qu’avait faites notre serial-démone ces derniers mois, que si nous étions environ 200, nous arriverions à simuler des papouilles suffisamment sensuelles pour arriver à nos fins.
Nous avons passé un long mois à apprendre à coordonner nos gestes en faisant ronronner son chat, un gros matou qui se plaisait à faire ses griffes sur le tapis, nonchalant de nous lacérer. Nous étions enfin prêts. Nous n’avions plus qu’à attendre, et l’occasion ne manqua pas de se présenter, un dimanche après-midi, où on la vit se lever du canapé et commencer à se déshabiller. C’est vrai qu’elle était bougrement belle la diablesse. Mais ce n’était pas le moment de nous laisser déconcentrer. Nous nous devions de rester froids et maîtres de nous, d’autant que nous ne savions pas si notre émoi n’annulerait pas le mécanisme absorbant. Le signal fut donné lorsqu’elle se lança sur nous. La chance était de notre côté, car ce jour-ci elle appela Castrato, son molosse, qui vint jouer avec elle. Nous la tripotions tous avec application, sauf les timides, qui en mouraient pourtant d’envie. Nos caresses n’avaient pas l’air de lui déplaire. Elle se mit à légèrement soupirer. La tension était à son comble. Si elle se rendait compte de notre subterfuge avant de s’échauffer, l’affaire était perdue, et les représailles seraient épouvantables. Et rien ne nous assurait que notre projet fonctionne.
Mais soudain l’impensable se produisit: Demonia, sans qu’elle s’en rende compte, commençait à sombrer lentement. Nous redoublions nos efforts. Même les timides, qui commençaient à croire à la victoire, s’y mirent. Demonia s’embourbait voluptueusement. Et tandis qu’elle s’enfonçait, les premiers prisonniers commençaient, eux, à revenir à la surface et à s’extraire de bourbier laineux. Ce dont elle s’aperçut, mais il était déjà trop tard. Elle se mit à vociférer en se débattant pour se libérer. C’était horrible à voir! Elle se contorsionnait tandis que sa chair était dévorée par le tapis qui, à cause de la texture de sa peau ou par cruauté, se mettait à devenir humide, comme s’il salivait. Nous étions des centaines et des centaines à jaillirent de la trame, nus comme des vers, dévalant les escaliers pour filer à l’air libre. C’était une scène pour le moins surprenante. Et tandis que nous étions en train de nous enfuir, le tapis se décolorait et devenait de plus en plus blanc.
Les journaux relateront par la suite que nous étions plus de 3000 à nous être échappés ce jour-là, sous le regard médusé des passants. Pour ma part, je ne pus m’empêcher, avant de m’enfuir parmi les derniers, de jeter un dernier regard sur ce tapis qui, vidé de notre substance, était couleur neige et sur lequel il ne restait plus qu’une petite éclaboussure verte. Je l’aurais plutôt imaginée rouge sang, Demonia appartenant à la catégorie des dévoreuses. Mais non. Elle était verte. Comme la prairie dans laquelle je me représentais Véronique, fillette, rêvant au prince charmant qu’elle ne devait jamais rencontrer. Certains journalistes ont raconté qu’elle avait été mariée, jeune, à un crapaud au demeurant marchand de tapis, avec lequel elle avait vécu une sombre histoire. Cette histoire est aujourd’hui bien connue de tous. La presse avait bien entendu largement couvert ce fait divers. Dans tout ce que j’ai pu lire, un détail avait retenu mon attention: un des articles indiquait que les premiers enquêteurs arrivés sur les lieux avaient trouvé un gros chien apathique, qui attendait, assis sur le tapis, en fixant une petite tache verte. Je me demande ce qu’il est devenu.
Photo - Monica Belluci dans le film L’apprenti sorcier.
«Turbosieste»: c'est le mot hideux qui figure sur une réclame de sensibilisation routière, afin que les automobilistes s'endorment au volant de préférence en étant arrêtés. Mais comment ce préfixe «turbo-» peut-il donner envie de dormir? Qui peut bien avoir des souvenirs de «turbodétente»? C'est encore une «turbobonneidée» d'un publicitaire de défigurer un si joli mot, plein de Provence et de bien-être. Ma sieste n'est ni «turbo-» ni «mégawondersuper-». C'est tout simplement ... une sieste.
Le soupirant soupire de gros soupirs devant la Belle à laquelle il n'ose pas déclarer sa flamme, espérant qu'Elle finisse par le remarquer, mais elle ne le remarque pas, tandis que les aspirants lui marchent sur les pieds, osant ravir Celle qui veut être croquée à pleines dents, d'une étreinte sûre et qui affirme son désir. Il croit que lui, il saurait mieux L'aimer. Mais il oublie que la Belle veut qu'on se batte fermement pour obtenir Ses faveurs, et celui qui a su traverser vaillamment le gué périlleux L'attirera toujours plus que celui qui rêvasse lamentablement en regardant son reflet attristé dans l'onde du ruisseau. Alors, soupirant, engage-toi dans la bataille! Lève-toi, et part en Lancelot ardent conquérir Celle pour qui ton cœur bat!
Lettre à un jeune soupirant
Pour ce pauvre Antiochus
Le soupirant soupire de gros soupirs devant la Belle à laquelle il n'ose pas déclarer sa flamme, espérant qu'Elle finisse par le remarquer, mais elle ne le remarque pas, tandis que les aspirants lui marchent sur les pieds, osant ravir Celle qui veut être croquée à pleines dents, d'une étreinte sûre et qui affirme son désir. Il croit que lui, il saurait mieux L'aimer. Mais il oublie que la Belle veut qu'on se batte fermement pour obtenir Ses faveurs, et celui qui a su traverser vaillamment le gué périlleux L'attirera toujours plus que celui qui rêvasse lamentablement en regardant son reflet attristé dans l'onde du ruisseau. Alors, soupirant, engage-toi dans la bataille! Lève-toi, et part en Lancelot ardent conquérir Celle pour qui ton cœur bat! Car si un cœur bat, c'est bien parce qu'il doit y avoir combat, conquête et courage. Si tu effeuilles des marguerites en rase campagne lors de balades solitaires, au lieu de jouter pour être Son champion, il n’y a aucune chance qu'Elle abaisse son regard sur toi, à moins qu'Elle ne se rende chez Madame Irma voyance, et encore, Elle ne verra dans le cristal lisse de la boule que celui qui a su attiser Sa curiosité et Son désir. Ne va surtout pas croire comme moi qu'écrire des poèmes sans les Lui envoyer serve à quelque chose. Ça ne sert à rien. Et si, comme moi, te prends soudain l'envie de les Lui donner, sache qu’Elle prendra peur devant ces centaines de vers tous à Elle dédiés, jugeant que tu es un dangereux malade et que c'est une perversion d'avoir autant écrit sur Elle tandis qu’Elle l’ignorait. Elle préférera un gus possédant deux cents mots de vocabulaire, mais dont les intentions lui paraissent claires - et bien souvent, elles le sont. Surtout si Elle n'est pas francophone. La Belle n'aime pas qu'on pinaille en alexandrin. Ça ne rime à rien de faire rimailler Son prénom avec les plus beaux mots de la langue française si c’est pour ne pas les Lui offrir. Si soupirant tu es et soupirant tu ne veux pas rester, observant le Sujet de ton amour à travers les barreaux d’un soupirail dans lequel tu soupires, déclare-toi!
Tu te crois meilleur qu'eux, les mordants? Tu crois que toi tu vois Son âme tandis qu’ils n’ont un penchant que pour les rapines de chair? Mais arrête ton baratin! C'est une supercherie que tu as trouvée pour justifier ta couardise. N’osant pas La regarder en face, tu contemples ton nombril. Tu es exactement comme eux, tu veux la même chose qu'eux. Je ne dis pas, par ailleurs que ta sensibilité ne t'honore pas, et qu'il se pourrait en effet que, ne pratiquant pas l'abattage en gros, tu sois capable de sentiments plus durables et profonds. Car il arrive, parfois, qu’on atteigne un point dans la relation où l’échange se nuance et où le corps a faim de mettre des mots sur sa chair. Là, la sensibilité acquise à travers les vers que tu auras forgés sera un atout incontestable. Et je ne doute pas que ta maîtrise du verbe te distingue sûrement au milieu d’un magma musculaire. Cependant, tu te devras inévitablement de rivaliser avec les biceps saillants et le gars à la gueule de voyou dont le seul sourire La fait immanquablement flancher. C’est fou comme les femmes sont attirées par les mauvais garçons, question de relief, d’aspérité et de frissons, contrairement à toi qui a une bouille d’assurance-vie, beau-fils idéal. Pour sûr, tu plairas certainement à Sa maman car tu Lui parais déjà vieux et que, n’ayant rien compris à tes poèmes alambiqués que tu serais d’ailleurs bien en peine d’expliquer, elle t’associe à cette vieille anthologie poétique poussiéreuse qu’elle a vue sur les rayons de la bibliothèque de ses parents. Mais ne va surtout pas tenter d’imiter Eliot La Gueule d’Ange, tu t’humilierais. On ne s’improvise pas bad boy à la petite semaine. Assume ta sensibilité: elle est ton atout, ton carré d’as, qui t’obligera parfois à passer la main, mais qu’importe si elle te permet de rencontrer Celle pour qui tu auras enfin le courage d’abattre ton jeu au lieu de continuer à faire rimer Dulcinée avec manquée.
Surtout n’en devient pas le confident! Il n’y a pas plus cruelle torture que d’écouter une femme qu’on aime confier Son amour d’un autre. Cette position te fera croire que tu t’es rapproché d’Elle, alors que chaque homme dont elle te parlera, au lieu de parler de toi, sera un coup de rabot sur tes espoirs. Tu deviendras sa bonne copine, à qui Elle peut tout dire. Ta virilité sera ramollie par tout ce verbiage féminin. Et cette tendre complicité rendra ton charme inopérant. Tu ne seras plus qu’une oreille: il ne Lui viendrait jamais à l’esprit de tomber amoureuse d’une... oreille. Et quand Elle te racontera comment elle a été larguée, tu pourras toujours Lui murmurer de pathétiques et inutiles «mais moi je suis là», qui seront au demeurant mensongers: tu n’es pas là, Elle ne te verra plus comme un homme avec qui avoir des corps à corps, mais comme une chaste âme soeur - rien que d’y songer, j’ai la nausée. Elle te serrera dans les bras pour Se réconforter quand toi tu voudras L’embrasser. Tu seras Son toutou fidèle qu’Elle ne manquera pas d’abandonner attaché à un arbre le jour où Elle aura rencontré l’homme total, celui qui joint la parole au geste. Tu auras beau gémir en revendiquant ton amitié avec la Traîtresse, le nouveau venu te bottera dehors, et il aura raison. Ils n’ont pas besoin de toi.
Ton rôle de dame de compagnie ne t’accordera que des faveurs dont même un chien ne voudrait pas. Elle parlera de toi à une de Ses amies, se demandant tout de même pourquoi tu lui accordes autant d’attention, alors qu’elle ne t’en accorde aucune. Elle dira que tu es “gentil”. Gentil! Mais être gentil dans la bouche d’une femme désirée, c’est pire que la peine capitale! Mieux vaut passer pour un mufle que d’être anéanti par une canicherie pareille. Dans ton cas, je te déconseillerais cependant de jouer les gros durs, Elle sentirait tout de suite que quelque chose cloche, et Elle te demanderait si tu te drogues. Alors, je te le répète, si tes intentions sont sexuées, ne deviens pas son confident. Elle finira par te dire qu’Elle t’aime bien, et ce bémol adjoint à l’amour, ce bien, te crèveras le cœur. Ta flamme sera aspergée d’eau tiède alors que tu avais des rêves kérosène. Tout ceci risquerait d’ailleurs de mal finir. Tu commenceras à avoir de la fièvre à force de côtoyer la Naïade qui, tout en confiance, ne manquera pas de se promener devant toi en petite tenue, peut-être même de se changer nue, car que risque-t-Elle? Toi, mis au supplice, tu voudras en profiter, entraînant à coup sûr une dénonciation à la police pour agression sexuelle. Et ne pense pas qu’au commissariat ils croiront à tes sornettes poétiques. Au contraire, ils les verseront directement au dossier des pièces à convictions. Alors, mon Semblable, mon Frère, ne t’autorise qu’un soupir: celui du guerrier qui est parti au combat et qui a perdu la bataille. Mais avant tout chose, inspire profondément et tente ta chance! Et crois-en mon expérience: souvent, la Belle t’attendait, et le destin te demande un petit coup de pouce pour Lui faire savoir que c’est toi.
Image - Lancelot et Guenièvre, ©2004 Donato Giancola
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...


