Tu as percuté mon silence, brisant les verrous rouillés de ce vieux portail de l'enfance qui s'est mis à grincer joyeusement sur ses gonds - c'est toujours un peu grinçants, les premiers mots.
Le son de ta voix a fait des ricochets à la surface de mes souvenirs, loin, très loin, et c'étaient des rires retentissants dans le préau de l'école, les balançoires qui nous portaient haut, très haut vers le soleil, une table de calcul jaune, un livre d'Henri Bosco lu sur l'herbe au creux d'une belle après-midi d'été ou encore la grange blonde des premiers baisers.
Ton regard a fait des percées de lumières profondes, ramenant tous les abandonnés blottis dans ma mémoire qui se sont mis à virevolter au rythme du volant de ta robe. Tu remontais hardiment et d'une main sûre du fond de mon coeur des filets de poissons multicolores.
Pourquoi une voix, un regard, une gestuelle, soudain, nous percutent au milieu de toutes les autres pour nous ramener si vivants parmi les vivants?
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