Au royaume des identités virtualisées, écrire une lettre, c'est donner corps aux échanges. Recevoir une lettre, c'est entrer en relation avec une matière souvent sensuelle, le papier, une écriture, peut-être un parfum. La matérialité du support offre un contact intime avec l’expéditeur. Je ne me souviens d'aucun courriel qui ait eu autant d'importance dans le temps, qui se soit inscrit ainsi dans la durée. Comme si leur virtualité les conservait dans un état vaporeux et ne leur permettait pas de faire corps avec moi. Tandis que certaines lettres m’accompagneront toute une vie. Parfois, en chinant dans la brocante de mes souvenirs, je retrouve dans un tiroir un courrier reçu il y a une vingtaine d'années. En le sortant de son enveloppe et en le dépliant, j'ai  l'impression que je le lis pour la première fois. Les émotions ressuscitent et avec elles toute un part de ma vie. Une lettre est une part vivante de l'histoire de chacun, innervée de souvenirs. Elle fait corps avec un être. C'est une extension naturelle de la mémoire. Correspondre: quel joli verbe. J'aimerais entretenir une relation épistolaire avec tous les êtres qui me sont chers. 

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