J’ai invité des amis à partager quelques tomates charnues agrémentées d'une pincée de sel, une bonne bouteille de bordeaux et du jambon Corse - du vrai, fait par un vrai Corse, qui ne tient pas beaucoup à parler, mais qui sait l'art d'élever le cochon dans les montagnes, et du bon pain. On ne se nourrit jamais aussi bien qu'avec des êtres chers. Plus la nourriture est chargée d'amitié attentionnée, plus elle devient nutritive. La table est apprêtée avec soin, comme une petite scène sur laquelle va se jouer un acte vital et chargé de sens: manger. La nourriture partagée est une tranche de pur bonheur. On la savoure. La mastication est doublée de la présence vivifiante des convives. Dommage que les guides minceur en tout genre ne parle pas de cette protéine chargée de sens: la relation. Relation à soi-même, à travers le plaisir de partager des mets simples. Et des mots, échangés tandis qu'on se restaure, et qu'on se fait du bien. Ce sont des trêves dans le cours de nos vies, des havres de paix où les liens se reconstituent et se resserrent. Je ne me souviens pas d'avoir eu d'échanges plus importants et mémorables que dans ces moments-ci. J’aime ces rendez-vous auxquels mes proches répondent "Présent!", ainsi que d'autres que je rencontre et que j’apprends à connaître. Ces repas alimentent directement les racines de l'être. Rares instants où s'exprime le mieux notre humanité et durant lesquels je sais clairement pourquoi je suis au monde. La vie va de soi. Puis il est temps de se quitter. Je raccompagne mes hôtes. La lune est pleine. Chacun repart rasséréné et un peu plus relié à lui-même, confiant dans ses projets et la journée à venir. Nous avons passé un bon moment, ensemble, autour de cette table et ce sentiment nourricier, j’en suis convaincu, fait partie de nos vraies richesses.

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