Je m'inscris parfaitement en faux contre ce point de vue. Au contraire, plus la réalité est présente, plus on y adhère, plus elle s'offre à nous comme le matériau essentiel pour devenir libre et donner forme à nos rêves. On ne perd rien à aimer passionnément le réel si ce n'est peut-être des fantasmes, des babioles (pas de l'imaginaire). Ne dit-on pas communément (et j'aime tant ce qui est commun, banal, familier) que la réalité dépasse toujours la fiction?
"On n'est sans force contre rien" écrivait Ramuz dans la grande peur dans la montagne. La réalité, c'est précisément ce roc, parfois très ingrat, à partir duquel la créativité peut s'élever.
Réalité et imaginaire ne peuvent pas être découplés. Ils se prolongent comme le notait si bien Georges Haldas. Peut-on dire qu'on vit mieux si on a moins d'imaginaire. Qu'est-ce que "vivre mieux" d'ailleurs? Qui vit mieux? Et de quoi est composé ce "vivre mieux"?
"We are such stuff. As dreams are made on; and our little life. Is rounded with a sleep". (Shakespeare).
Ce n'est pas la réalité qui est étriquée, c'est notre imaginaire consommé, consumé.