« Plus il y a de réalité, moins il y a d’imaginaire » Robert Musil.

Je m'inscris parfaitement en faux contre ce point de vue. Au contraire, plus la réalité est présente, plus on y adhère, plus elle s'offre à nous comme le matériau essentiel pour devenir libre et donner forme à nos rêves. On ne perd rien à aimer passionnément le réel si ce n'est peut-être des fantasmes, des babioles (pas de l'imaginaire). Ne dit-on pas communément (et j'aime tant ce qui est commun, banal, familier) que la réalité dépasse toujours la fiction? 

"On n'est sans force contre rien" écrivait Ramuz dans la grande peur dans la montagne. La réalité, c'est précisément ce roc, parfois très ingrat, à partir duquel la créativité peut s'élever.

Réalité et imaginaire ne peuvent pas être découplés. Ils se prolongent comme le notait si bien Georges Haldas. Peut-on dire qu'on vit mieux si on a moins d'imaginaire. Qu'est-ce que "vivre mieux" d'ailleurs? Qui vit mieux? Et de quoi est composé ce "vivre mieux"?

"We are such stuff. As dreams are made on; and our little life. Is rounded with a sleep". (Shakespeare).

Ce n'est pas la réalité qui est étriquée, c'est notre imaginaire consommé, consumé.
Le grand combat d'une vie d'occidental, c'est certainement l'ego et en l'évoquant, bien souvent, on ne fait que le renforcer.
Il a l'ego qui frétille comme un chien bat de la queue.
Lire, bon pour sa tirelire de vie.
J'ai eu la chance de recevoir et de rencontrer. C'est ma responsabilité.
«Force»: un mot requin, un mot qu'il n'est pas bon de laisser entre toutes les mains. Un mot nécessaire, on ne fait rien sans exercer une certaine force, mais un mot très dangereux quand on l'utilise comme une fin. Dans le règne animal, la force est dirigée vers un but précis: se nourrir, se reproduire. Force sans limite, sans conscience, n'est que ruine. 
Et nos deux dames de continuer à parler d'art entre des questions familiales, comme on lit un magazine populaire, et d'évoquer Skira qui buvait comme une trogne, Van Gogh - dont elles ont la biographie - qui s'est coupé l'oreille avant de se suicider mais dont les jaunes sont jolis ou Erasme (que l'une d'entre elle ne manque pas d'appeler «Erasmus») enterré à Bâle, sans oublier Giacometti qu'elles aiment bien même si ce n'est pas joli. Le tout sur un ton snob avec un air entendu qui n'entend rien à ce que l'autre lui dit. 
Ces deux dames, dans le bus, l'une:
- «Moi j'ai fait le Rhin l'année dernière. »
- «Et moi je vais faire le Douro cet automne.»

Quelles bâtisseuses!
«Triste», quel mot triste, avec ses consonnes roulantes et sifflantes et ce «i» qui crie, note audible de la douleur.
Le fait que certaines plantes nous font du bien prouverait-il que nous ne sommes peut-être pas si mauvais que ça?
« Le journalisme, c'est porter la plume dans la plaie» (Albert Londres).

Voilà un métier auquel il incombe une haute responsabilité. D'aigle, on peut vite devenir charognard. 

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?