Une personne qui m'était chère est partie, ou plutôt elle s'est éteinte comme si elle n'en pouvait plus des déchirements intimes qui l'assaillaient, ne lui laissant que de trop rares moments de sérénité. Alors sa vie s'est endormie, pour la laisser enfin en paix. Et je l'imagine maintenant heureuse, rayonnante de liberté et d'allégresse, déchargée du fardeau qui la meurtrissait. Elle, qui avait un don d'Enfance que j'ai rarement rencontré.
J'ai fait ma liste de résolutions 2013 plus tôt cette année, afin de pouvoir allégrement la piétiner en me jurant de n'en tenir aucune. En fait, je n’ai pas fait une liste: j’en ai fait une dizaine, histoire de m’amuser à projeter des portraits de ma petite personne auréolés de vertus diverses et variées par-dessus le mur de la nouvelle année, conscient qu’ils se désagrégeront en moins de temps qu’il ne faut pour les écrire sitôt qu’auront retenti les douze coups de minuit.
Des buts, se fixer des buts comme des mousquetons sur le calendrier, comme un filet jeté sur les 365 jours à venir pour ne pas patiner sur le grand planning vitrifié de la nouvelle année. Parce que nous ne pouvons pas rester là, en attendant le 1er janvier prochain, même s’ils se ressemblent tous. Et finalement, c’est une bonne chose de se sentir contraint à une certaine productivité dont nous tirons avant tout une satisfaction personnelle, et le plaisir d’être dans le coup, d’avoir aussi quelque chose à raconter, de montrer que nous avançons. Vers quoi? La grande affaire! Mais nous avançons. Chacun aura sa propre unité de mesure pour faire sa pesée de l’année prochaine et évaluer sa valeur. Le séducteur comptera en nombre de conquêtes à faire, l’anxieux en nombre d’angoisses surmontées, le cupide en argent gagné, le lecteur en livres lus, l’ambitieux en projets menés, l’écrivain en pages écrites, le paresseux en vaisselles pas faites, l'inspiré en siestes accomplies, et ainsi de suite. Chacun aspirera à ses victoires annuelles, ses rencontres, ses surprises, ses échecs.
Il y a le gagnant qui vous dira qu'il recommence l’année sur les chapeaux de roue, histoire d’impressionner le piéton. Lui, il en redemande, il remonte sur le ring, il sautille déjà et se fait rebondir dans les cordes. C’est un conquérant. Il y a le forçat pour qui c’est reparti pour un tour. Lui vous dira que ça va comme un lundi, quand bien même nous serons mardi. Il y a le dépressif qui se ronge à l’idée qu'il ne sera pas absous de ses humeurs noires au jours de l’an. Il y a le contemplatif qui examinera la composition de la jointure entre l’année écoulée et celle à venir, et qui n’y verra qu'une mise en scène des heures et des jours. Pourtant, la nouvelle année nous donne toujours un peu le sentiment de repartir à zéro, quand bien même nous ne faisons que continuer:
- Cette année, vraiment, je vais... Faire du jogging, perdre du poids, rencontrer le prince charmant, écrire un livre, déménager...
- Cette année, vraiment, je vais... Faire du jogging, perdre du poids, rencontrer le prince charmant, écrire un livre, déménager...
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