Quelques mots de Christian Bobin qui font du bien, et pourraient même nous sauver.
Initiales du 22.04.2012
«Mais quand un homme ne viendrait au monde que pour voir une seule fois une seule marguerite des champs il n'aurait pas perdu son temps.» (Marcel Aymé)
Merveiller - Moments où l'on veille avec une réussite particulière.
Comme nos soucis peuvent prendre la place de la vie entière si on n'y prend pas garde.
"Demander aux vivants ce rien de solitude nécessaire pour respirer." (Christian Bobin)
Heureux les doux.
17 semaines, 17 chroniques: on tient le cap.
La première fois que je l’ai vue, c’était sur ce tableau de John Singer Sargent, à la Fondation Beyeler. Elle traversait cette ruelle. C’était une fin de journée de septembre. Rien ne m’avait préparé à la fulgurance de cette rencontre. Lorsque je l’ai aperçue, le temps s’est mis en suspension, l’espace s’est aboli, j’étais entièrement captif de ce face à face avec elle qui n’en finissait pas de s’apprêter à me dépasser. Sa présence discrète, ponctuée d’une grosse fleur rouge dans les cheveux, me ravissait. Et, sans que je parvienne encore aujourd’hui à m’expliquer pourquoi, je fus saisi d’un impérieux besoin de l’aborder. Je voulais qu’elle sache qu’elle était pour moi la passante selon mon cœur.

À une passante

John Singer Sargent, «Une rue de Venise», 1882

Pour Nathalie

La première fois que je l’ai vue, c’était sur ce tableau de John Singer Sargent, à la Fondation Beyeler. Elle traversait cette ruelle. C’était une fin de journée de septembre. Rien ne m’avait préparé à la fulgurance de cette rencontre. Lorsque je l’ai aperçue, le temps s’est mis en suspension, l’espace s’est aboli, j’étais entièrement captif de ce face à face avec elle qui n’en finissait pas de s’apprêter à me dépasser. Sa présence discrète, ponctuée d’une grosse fleur rouge dans les cheveux, me ravissait. Et, sans que je parvienne encore aujourd’hui à m’expliquer pourquoi, je fus saisi d’un impérieux besoin de l’aborder. Je voulais qu’elle sache qu’elle était pour moi la passante selon mon cœur.

Mais comment faire? Lui dire:

- Mademoiselle, je suis follement amoureux de vous. Vous êtes le bonheur, je le sais, tous les poètes l’ont dit, on le reconnaît quand on sent qu’il nous échappe.

Non, elle me prendrait pour un détraqué. Mais alors quoi? Ne rien faire? La laisser passer, et prendre le risque de perdre celle qui était peut-être une femme du destin? Ce qui me restait de raison s’évertuait à me signaler que j’étais en train de délirer, mais rien n’y faisait. On sait bien que le cœur, etc. Et mon trouble ne fit que s’accroître lorsque je vis d’autres visiteurs s’approcher de la toile. S’il y avait parmi eux un beau parleur plus culotté que moi? Heureusement, il ne vint à l’idée de personne de lui adresser la parole. Je savais que si je tardais, elle finirait par me dépasser, me frôlant avec le froufrou de sa robe, m’enivrant des effluves de son parfum durant quelques instants. Je l’imaginais s’éloigner à tout jamais d’une démarche gracieusement nonchalante. Il m’était insupportable de n’être rien pour elle, alors qu’elle m’avait brûlé la rétine. Comme tous les foudroyés de l’angelot sournois, je m’affolais, tournant comme une girouette en me demandant si j’avais bien ce que j’avais vu, et si ce que j’avais vu m’étais favorable ou défavorable, sans jamais parvenir à trancher sur aucune des questions que je me posais:

- M’a-t-elle aperçu? J’ai l’impression qu’elle m’a souri... Oui, mais ce sourire ne m’était peut-être pas adressé... A-t-elle un amoureux. Pense-t-elle à lui en ce moment? Mais tout de même, elle n’a pas pu ne pas me remarquer!

Si je doutais que l’amour passe par le regard, la passante de Sargent m’en donnait la preuve! J’étais absorbé par sa toile, et je piétinais comme un furieux sans parvenir à me décider. Pendant ce temps, dans cette ruelle si tranquille, deux femmes épluchaient les légumes pour le repas de midi. Deux gaillards discutaient, et j’avais l’impression que l’un d’eux me regardait l’air de se demander pourquoi je restais là les bras pendants, comme un ballot. Je devais me rendre à l’évidence: j’étais bien trop timide pour prendre une quelconque initiative. Mais tout n’était pas perdu. Je me disais que si elle empruntait ce chemin en rentrant du travail à cette même heure, je n’aurais qu’à modifier mon parcours pour rentrer chez moi. Je pourrais alors être chaque jour à ce rendez-vous de passage. Elle finirait bien par me remarquer. Peut-être même qu’au bout de quelques jours j’oserais la saluer. Ah! Comme je manquais d’audace! Ne valait pas mieux me jeter à genoux et me déclarer tout de go, au lieu de me perdre en ratiocinations?

Tandis que je tentais d’échafauder un plan pour l’approcher, les haut-parleurs annonçaient la fermeture du musée. Je n’y prêtais aucune attention. Soudain j’entendis une voix féminine me dire:

- J’ai l’impression que vous êtes un peu dépassé...

Je me retournais et me retrouvais nez à nez avec... Ma passante! Elle était là, devant moi, en chair et en os! Elle était habillée comme sur le tableau, si ce n’est sa fleur, qui était rose aujourd’hui.

- Je vous ai attendu longtemps, me dit-elle.

Je m’exclamais:

- Mais c’est de la folie! Comment est-ce possible? ... Le tableau... Vous...

- Je sais, mais ne vous inquiétez pas: moi aussi je suis dépassée, répondit-elle en riant. Mais venez, allons dans le parc, et je vous raconterai toute l’histoire.

C’est ainsi que je devais apprendre que j’avais en face de moi rien de moins que l’aïeule de John Singer Sargent. Et je n’étais pas au bout de mes surprises. Lorsque je lui demandais comment il était possible qu’elle figure sur ce tableau, elle eut cette incroyable explication:

- Dans son testament, Sargent a voulu que cette toile appartienne aux femmes de sa lignée. La maîtrise de son art lui a permis de reproduire une passante qui est la quintessence du féminin de notre famille. Nous sommes toutes elles, comme elle nous représente toutes. Et chaque fois qu’elle a permis à l’une d’entre nous de rencontrer l’amour, nous le transmettons à la suivante.

- Mais vous voulez dire que vous vous ressemblez toutes?

- Oui, nous avons d’étonnantes ressemblances. Mais tout l’art de mon aïeul fut de créer un flou reconnaissable afin que celui qui serait notre élu puisse cristalliser son désir sur la passante. Et jusqu’à ce jour, toutes celles que le tableau a servi ont eu un couple heureux.

- Mais comment savez-vous que c’est moi? Je n’ai fait que regarder le tableau avec une certaine insistance, c’est vrai, mais...

- C’est vous, me répondit-elle en baissant les yeux. Je l’ai tout de suite su à la manière dont vous me regardiez à travers elle. J’ai déposé ce tableau en prêt ici il y a maintenant deux mois, et je viens tous les jours observer les visiteurs passer devant la passante. Vous êtes le seul à être bouleversé au point d’avoir la folie de vouloir lui parler.

Je n’arriverais pas à décrire la joie qui m’envahit en écoutant celle dont j’appris qu’elle s’appelait Rose. Quelques minutes auparavant, j’étais au désespoir de me retrouver face à la représentation d’une inconnue dans une Venise d’un autre siècle, qui faisait palpiter mon cœur alors qu’elle m’était à tout jamais inaccessible, faisant de moi le spectateur inconsolable d’un impossible bonheur. Et voilà que je lui parlais!

- Cette rencontre est tellement improbable, lui dis-je. J’ai peur que ce soit encore mon imagination qui me joue des tours, et que je finisse par me réveiller en me retrouvant de nouveau seul face au tableau.

- Alors, fuyons! me lança Rose en me prenant par la main.

Et nous partîmes en courant à travers le parc de la fondation pour sauter dans un tram qui nous ramena au centre de Bâle. Nous continuions à nous tenir par la main, et je regardais mon invraisemblable passante avec reconnaissance. Grâce à elle, je venais de faire un pied de nez à Baudelaire et à Nerval qui avaient eu tant de plaisir à voir leur passante leur échapper, leur préférant un poème. C’était une petite victoire sur les chantres des paradis perdus qui éprouvent une jouissance morbide à triturer les cordes de la mélancolie.

Le bonheur passait... Je ne l’avais pas fui!

______________
Deux poèmes de passantes indépassables.

À une passante (Charles Baudelaire)
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!

Une allée du Luxembourg (Gérard de Nerval)
Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau :
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.

C'est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !

Mais non, ma jeunesse est finie...
Adieu, doux rayon qui m'as lui,
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, il a fui !
Le résumé de notre vie...


Le front national, ce sont 6 421 426 sur 46 028 542 de votants. On dirait que tous ceux qui n'ont pas voté front national sont quantité négligeable et que les seuls à draguer, ce sont les extrémistes. On ne parle plus que d'eux (et des Suisses et de Tariq Ramadan, mais pas du iphone 5). Comme si les 40'000'000 d'électeurs étaient acquis. Alors quoi? Pour être pris en considération, il faudrait rejoindre les partis de la mauvaise colère? Ce sont des électeurs première classe, VIP? Parce que comme d'habitude, c'est celui qui ... le plus fort, qui se fait entendre. L'électeur lambda, lui, n'a qu'à suivre et payer ses impôts.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?