Un écrivain sur un plateau, durant les quelques instants avant qu'il prenne la parole, pendant qu'on le présente, me fait songer à l'albatros de Baudelaire. Il me paraît vulnérable, inadapté, empêtré dans sa personne, empêché dans cette attente. Puis ils prennent la parole, et alors, parfois, le miracle se produit.
L'habitude est la plus infâme des maladies parce qu’elle nous fait accepter n’importe quel malheur, n’importe quelle douleur, n’importe quelle mort. Par habitude, on vit aux côtés de personnes odieuses, on apprend à porter des chaines, à subir des injustices, à souffrir, on se résigne à la douleur, à la solitude, à tout. L'habitude est le plus impitoyable des poisons, parce qu’il entre en nous lentement, silencieusement, il grandit peu à peu, se nourrit de notre inconscience, et quand on comprend qu’il est partout en nous, chaque fibre de nous-mêmes s’y est adapté, chacun de nos gestes est conditionné, il n’y a plus de médecine pour nous guérir.
-- Oriana Fallaci, Un Uomo (traduction de Sergio Belluz)
-- Oriana Fallaci, Un Uomo (traduction de Sergio Belluz)
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