La cueillette

Il y a de savoureuses cueillettes. Comme celles qu'on fait à genoux, à la recherche de l'or rouge, en explorant une savane miniature. Les fraises se cachent sous le couvert, comme de gros baisers. Soudain, vous en apercevez une grosse, une très grosse, cachée sous le feuillage. Vous la cueillez orgueilleusement. C'est une belle pépite. Vous êtes fier de ce petit trophée. Tellement fier qu'au lieu de la mettre dans votre panier, vous la savourez aussitôt. Comme un voleur. En vous assurant que personne ne s'aperçoit de votre délit. Son parfum explose dans votre bouche, vos papilles sont en fête. Le larcin en valait la peine.

Il y a aussi des déceptions, celles qui vous trompent, qui vous font de fausses promesses, que vous avez cueillies et dont le bronzage pourpre n'est pas intégral, dont la croupe souffre d'albinisme. Vous la jetez. Mais un petit sentiment de culpabilité vous saisit en la voyant dans la travée, face contre terre. Alors vous la mettez quand même dans le panier. Elle aura une seconde vie sous forme de confiture.

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